Une visite surprise, Claudie Pernusch

 
L’histoire :  Que faire lorsqu’on découvre qu’on a un enfant de neuf ans, inconnu, non désiré, inimaginable dans la vie que l’on s’est construite ? Paulin est écrasé. Et pourtant obligé d’affronter la réalité : cette petite fille qui lui fait face et lui dit « Tu es mon père ».
Quand il reçoit la lettre, Paulin ne veut pas le croire. Lui qui vit le plus sereinement du monde entre sa boutique de poteries et son amoureuse, la troublante Lena, dans une ville de bord de mer au charme désuet, voilà qu’on lui annonce qu’il est peut-être le père d’une petite Hermine ? Aucun souvenir de cette amourette d’un soir, il y a neuf ans de cela, et pas question de se laisser prendre au piège de la vipère qui se réveille et voudrait lui imposer une paternité qu’il n’a pas choisie…
Paulin fait le mort, puis est obligé d’accepter le test, d’admettre qu’il est bien le père, tout en campant sur ses positions : il ne verra pas cette enfant. Il ne mettra pas en péril la passion exclusive qu’il vit avec Lena pour une petite inconnue dont il est le malheureux géniteur. C’est compter sans la détermination de la fillette, qui veut absolument connaître son père et fera tout pour le rencontrer. Mère et fille déboulent donc dans la vie tranquille de Paulin, bien décidées à lui faire affronter la réalité… qu’il finira par accepter, non sans y laisser des plumes.
 
Mon avis :  Tout d’abord, je tiens à remercier Pauline pour m’avoir permis de découvrir ce titre, qu’elle m’avait vanté comme étant une lecture « sympathique et touchante ». Force m’est de constater… Qu’elle avait raison ! 
Une visite surprise m’a de suite séduite, de par son sujet fortement ancré dans la réalité : Paulin, quarantenaire à la vie bien tranquille, découvre du jour au lendemain qu’il est le papa d’une fillette de neuf ans. Bien décidé à ne pas laisser cette mystérieuse enfant bouleverser la vie parfaite qu’il s’est construit aux côtés de Lena, la « femme de [sa] vie », il tentera par tous les moyens de l’éviter. C’était sans compter l’acharnement de la fillette, qui n’a plus qu’une idée en tête : rencontrer son papa, et mettre un terme aux méchancetés débitées par ses camarades de classe…
Cette histoire, elle pourrait arriver à « n’importe qui », ai-je envie de dire. J’étais curieuse de voir comment Claudie Pernusch traiterait de l’après de cette « inconséquence », en espérant toutefois qu’elle ne fasse pas trop trinquer l’enfant en question, Hermine. Le sujet a beau être délicat, l’auteure a su développer avec Une visite surprise un roman tout en finesse, à la fois doux et triste. Je n’ai pas vu passer les deux cents et quelques pages, absorbée que j’étais par le tableau qui se jouait sous mes yeux. 
Parlons un peu des personnages, puisqu’ils tiennent un rôle fondamental dans cette comédie de mœurs. Paulin… m’a tapé sur les nerfs. Au début, tout du moins. Il rejette Hermine d’emblée, sans chercher à assumer le fruit de ses incartades. A assumer moralement, du moins, puisqu’il propose à Louise, la mère de l’enfant, une compensation financière. Comme si quelques centaines d’euros par mois pouvait remplacer un père ! J’ai aimé le voir évoluer au fil du texte, le voir changer peu à peu vis à vis de cette situation. 
Hermine, à l’inverse, m’a plu dès son entrée dans le roman. Elle est d’une telle fraicheur, cette petite ! Impossible de ne pas succomber dès les premiers instants. Sa volonté de mettre un visage sur ce concept un peu flou de « père » m’a semblé on ne peut plus légitime, et j’ai eu énormément de mal avec tous les personnages ne comprenant pas cela (Paulin, donc, mais aussi Lena). Certains passages la concernant m’ont particulièrement touchée, notamment son altercation avec l’une de ses camarades : que les enfants peuvent être cruels entre eux ! Je l’avoue, j’en ai eu les larmes aux yeux. 
Si la narration est confiée à Paulin, Hermine y intervient quelquefois, par l’intermédiaire de lettres. La plume de Claudie Pernusch s’adapte aussi bien à l’un comme à l’autre, on s’y croirait : j’ai toujours été admirative de ces auteurs ayant la capacité d’endosser plusieurs personnalités totalement différentes à travers leur roman, et C. Pernusch fait désormais partie du lot. Son écriture se fait à la fois tendre et inquiète, et rend parfaitement compte des sentiments à l’œuvre dans ce court roman. Il n’a peut être pas fait long feu, mais cette poignée d’heures n’en fut pas moins intense : j’ai beaucoup aimé.
 
En bref, un roman poignant sur un fait malheureusement trop répandu : Claudie Pernusch nous offre un très beau moment de lecture. 
Un bon moment !
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