La fontaine intarissable, Claude Suissa

 
L’hisoire :  Christine a toujours eu la passion des chiffres et du raisonnement. Quand elle a découvert la littérature au lycée grâce à un brillant et charismatique prof de lettres, elle a décidé de faire mentir l’adage : pas de choix entre lettres et maths, elle fera cohabiter les deux.
Devenue prof de maths, épouse et mère, tout va bien pour Christine… jusqu’au jour où un brutal événement va bouleverser son existence. Elle a trente ans et surviennent les questionnements. À quarante, c’est avéré, sa jeunesse a foutu le camp, et c’est sur sa féminité qu’elle s’interroge : une lutte sans merci s’engage entre son corps et son esprit, un tiraillement entre les désirs de la chair et les engagements moraux et spirituels décidés ou imposés. Quelle réponse Christine donnera-t-elle à ce choix cornélien ? Plus que la réponse, c’est le cheminement qui intrigue…

Mon avis :  Si Claude Suissa (lui-même !) ne m’avait pas contactée pour découvrir son premier roman, je crois bien que La fontaine intarissable n’aurait jamais trouvé le chemin de ma bibliothèque. Et, croyez-le ou non, cela aurait été bien dommage : j’ai passé un très bon moment, et j’entends vous le faire partager.
Christine a quarante ans. Mère de deux adolescentes et professeur de mathématiques, elle est également la femme de Marc, ancien professeur de français et tétraplégique depuis sa tentative de suicide, il y a maintenant plus de 10 ans. Alors qu’elle s’enferre dans un état frôlant la dépression, son mari lui fait une étrange proposition : puisque il est désormais incapable de remplir ses devoirs conjugaux, elle n’a qu’à prendre un amant. Comme ça, sans condition, du sexe pour du sexe. Si Christine s’offusque dans un premier temps, elle ne peut empêcher l’idée de faire son chemin… Alors même que Marc, de son côté, commence à regretter ses propos.
Un roman rythmé et bien mené, voilà ce qu’est La fontaine intarissable. Claude Suissa y décrit le ballet de la vie, avec ses écueils et ses pièges, tout en ajoutant ça et là une petite touche d’humour pour relever le tout. Les personnages virevoltent sous sa plume arienne, deviennent tour à tour attachants, exécrables, misérables, et follement vivants. On lit, on lit, et on tourne la dernière page sans avoir vu passer les 320 précédentes. 
Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé. Ce n’est pas un coup de cœur, mais cela aurait pu l’être s’il n’y avait pas eu ces deux ou trois petits points qui m’ont gênée, et sur lesquels je reviendrai dans un instant. J’aimerais tout d’abord vous parler de ce qui m’a vraiment séduit dans cette comédie de mœurs : Claude Suissa nous offre tout un panel de personnages aux psychologies fort différentes et toutes très bien construites. Nous les voyons évoluer les uns par rapport aux autres, se construire aux dépens de certains ou grâce à eux. Christine, tout d’abord, m’a beaucoup plu. Cette (jeune) femme de quarante ans n’a décidément pas été gâtée par la vie, mais elle s’astreint à toujours aller de l’avant, à ne pas faiblir… Sa position ne lui laissant de toute manière pas le choix : elle porte à bout de bras l’équilibre familial, jonglant entre son mari devenu irascible et taciturne et ses deux adolescentes de filles. J’ai été admirative de sa force et de son courage pour affronter au quotidien une situation que je juge invivable et, sans me sentir proche d’elle, je m’y suis fortement attachée. J’ai aimé la voir évoluer au fil du texte, revenir sur ses positions, renouer avec elle-même. Et, par dessus tout, j’ai admiré la capacité de l’auteur à se faire femme, à travers elle.
Marc, en revanche, a suscité en moi des sentiments bien plus contradictoires. Je l’ai parfois trouvé attachant, j’ai été tentée de le plaindre. Et pourtant… Je ne peux m’empêcher de voir en lui quelqu’un de vicieux et d’égoïste, profondément centré sur lui-même et pourrissant volontairement le quotidien de son entourage. Même si toute cette noirceur émane avant tout d’une souffrance profonde et sincère… 
La narration alterne entre ces deux protagonistes, donnant également de temps en temps la parole à une foule de personnages plus ou moins secondaires. Claude Suissa jongle entre eux avec brio, le lecteur n’y voyant que du feu. Les mots glissent simplement, on se prend à tourner les pages avec une impatience croissante, l’envie de savoir étant bel et bien là : que va-t-il advenir de ce couple si particulier ? 
Malgré cela, je n’ai pu m’empêcher de ressentir avec force le drame qui s’y jouait, occultant ainsi toutes les traces d’humour semées par l’auteur. Je suis ressortie de ma lecture prostrée, meurtrie, triste. C’est bien simple, je n’ai pas pu entamer un nouveau livre dans les jours qui ont suivi, tant cette morosité ambiante m’a collé à la peau. Je ne pense toutefois pas que cela soit entièrement imputable à l’ouvrage, mais plutôt à mon état d’esprit du moment. 
En vérité, un seul point m’a véritablement gênée : si Claude Suissa maitrise parfaitement les clés d’une bonne narration, j’ai trouvé quelques faiblesses dans la construction des dialogues. Manque de spontanéité, vocabulaire trop peu courant… Je ne sais que vous dire, si ce n’est qu’il m’a manqué ce « naturel » que j’aime retrouver dans les échanges entre les différents protagonistes. Encore que, il ne s’agit pas non plus de tous les dialogues, juste quelques uns, par-ci, par-là. Histoire pour Claude Suissa de nous prouver qu’il s’agit bien de son premier roman 😉En bref, une comédie de mœurs qui m’a beaucoup plu, et m’a énormément fait réfléchir sur la vie et ses aléas, sur la notion de couple et ce qu’elle implique. A découvrir, lire, et partager !

 
On en redemande !

 

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