Raison et sentiments, Jane Austen

Je ne me rappelle pas l’occasion qui permit à ce petit roman de J.Austen de se glisser dans ma PAL. Une virée chez Gibert, très probablement, peu de temps après avoir lu et avoir été subjuguée par Orgueil et Préjugés. Il y a donc un bon moment qu’il se trouvait sur mes étagères, sans que je trouve le temps de l’en sortir. Et pourtant, je n’ai pas renâclé un instant quand ma très chère partenaire MiyuNeko m’a proposé d’en faire une lecture commune… Sentant peut-être par avance quel beau moment ces quelques 320 pages allaient m’offrir…


Traducteur :  Jean Privat

L’histoire : En amour, comme en tout, rien n’a changé depuis le XIXe siècle de Lady Jane. Si la fougueuse Marianne s’abandonne à une passion qui menace de lui brûler les ailes, la sage Elinor prend le risque de perdre l’amour à force de tempérance. Raison et sentiments: impossible équation? Les deux jeunes femmes devront apprendre de leurs vacillements. Pour le meilleur et pour le pire.
 
Mon avis : Si j’étais plutôt contente de m’atteler à cette lecture, je dois vous dire que j’ai déchanté assez rapidement : les cent premières pages m’ont laissée de marbre, et j’ai assez vite désespéré de retrouver la passion et le sentiment à l’œuvre dans O&P. Je me trouvais là, avec un livre qui me tentait de moins en moins au fur et à mesure de mon avancée dans sa lecture. Les personnages ne présentaient aucun attrait particulier, l’intrigue ne me touchait pas plus que cela. En était-ce fini, de ma passion à peine naissante pour cette grande romancière du XIXe siècle ? Je ne pouvais le croire, et ai donc continué malgré tout ma lecture. Bien m’en a pris ! Passé ce moment délicat de mise en place du décor, j‘ai éprouvé avec Raison et sentiments un rare plaisir livresque. Je ne le place pas à hauteur d’Orgueil et Préjugés, mais je vous le dit tout de même : c’est un joli coup de cœur, qui confirme ma décision de découvrir l’intégralité des œuvres de Jane Austen. Et je peux vous dire, après réflexion, que je ne regrette absolument pas ce début quelque peu chaotique : j’ai d’autant plus apprécié la suite du roman, je me suis rappelé qu’il existait des écrits qui ne se livrent pas dès la première ligne.
Raison et Sentiments raconte l’histoire de deux sœurs, Elinor et Marianne Dashwood. Elinor, l’aînée, se démarque par son esprit réfléchi et posé, toujours enclin à la prudence. Marianne, elle, est fougueuse et ne jure que par l’exaltation des sentiments. Face à leurs premiers émois amoureux, les deux jeunes filles ne pourront avoir de réactions plus différentes : si Elinor est prête à laisser passer l’amour de sa vie pour ne pas faire de vagues, la jeune Marianne ne compte pas aimer à moitié et se jette à corps perdu dans cet amour naissant. Deux réactions aux antipodes l’une de l’autre, et réunissant pourtant ces deux sœurs au terme de leurs mésaventures.
Comme je vous le disais en début de chronique, j’ai eu tout d’abord du mal à me sentir proche des personnages : Elinor me semblait bien trop rigide, bien trop froide pour une jeune fille de cet âge. Quant à Marianne, je trouvais sa frivolité quelque peu exaspérante. Malgré cela, j’ai fini par me retrouver dans ces deux demoiselles (et, à mon grand dam, davantage dans la figure de Marianne que dans celle d’Elinor), et je m’y suis attachée. J’ai suivi leur découverte du sentiment amoureux avec passion, tant elles ne pouvaient pas le faire avec plus de différences. La tempérance de Elinor m’a énormément touchée, et j’ai compris que la froideur que j’avais cru déceler chez elle n’était autre qu’un moyen de se protéger. J’ai trouvé que Jane Austen avait fait d’elle une ainée parfaite, totalement à l’image de ce que l’on pourrait attendre. C’est sûrement le personnage qui m’a le plus plu, et sa romance avec E. m’a fait pousser de longs soupirs extatiques. 
En ce qui concerne Marianne… Si sa frivolité m’a quelque peu porté sur les nerfs, c’est bien parce que je ne la connais que trop. Cette incapacité à se taire, cette
violence du sentiment… Merci, j’ai donné, et pas qu’un peu. Mais tout mon agacement s’est enfui à partir du moment où je m’en suis rendue compte, où je me suis vue en filigrane à travers ses actions et réactions. Je n’avais envie que d’une chose : la prendre dans mes bras, lui tourner la tête dans la bonne direction et lui dire « ça va aller ». Quand on la voit se jeter à corps perdu dans une relation extrêmement incertaine, on ne peut que frémir en pensant à la chute qu’elle va occasionner. 

Beaucoup d’autres personnages gravitent autour de ces demoiselles. Un seul m’a véritablement agacée, et cela tout au long du roman : la mère de nos deux protagonistes. Je n’ai pas pu admettre qu’elle soit aussi frivole que sa fille cadette, qu’elle la laisse s’engager en secret dans une relation avec un jeune homme, surtout quand on pense à l’importance qu’avait l’honneur à cette époque. Je l’ai trouvée véritablement en dessous de tout, complètement à côté de la plaque, et cela même alors qu’Elinor ne cesse de la mettre en garde.
Côté hommes, mon coup de coeur va bien évidemment vers… Le colonel Brandon. J’ai adoré son personnage, véritablement : ce pourrait être la version masculine d’Elinor, en plus âgé. Bien qu’il soit peu mis en avant, j’ai sauté avec délice sur les moindres passages le concernant. C’est sans doute le moins fantoche de tous, logiquement (et injustement) écarté par des prétendants plus jeunes. Son amitié avec Elinor se construit tout au long du roman, et la conclusion de celui-ci m’a mise aux anges. Je ne vous en dis pas plus, même si vous pensez (sans doute) avoir deviné ce dont je fais mention. 
J’ai retrouvé avec délice la plume de Jane Austen, son don pour donner vie aux paysages qu’elle évoque, son goût pour les quiproquos et les malentendus, mais surtout son aisance à donner cette petite étincelle à ses personnages. Raison et sentiments m’a emportée, j’ai vécu aux côtés d’Elinor et Marianne durant mes heures de lecture, respirant, espérant, souffrant avec elles. Comme je vous le disais, je ne le place pas à hauteur de Orgueil et Préjugés, mais c’est tout de même un coup de cœur qui me restera en mémoire très longtemps. Jane Austen à ce talent pour me rappeler combien les classiques peuvent être un plaisir à lire, pour cette beauté du style, pour ce phrasé inimitable. 

En bref, un début laborieux débouchant sur un rare plaisir de lecture : la plume de Jane Austen a encore frappé, c’est un coup de cœur.

 
Coup de coeur !
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