Le prince d’Eté, Alaya Dawn Johnson

Que voulez-vous que je vous dise ? Avez-vous seulement VU cette couverture ? Et bien, laissez-moi vous avouer qu’elle est encore plus belle en vrai. Sisi, c’est possible. Que sais-je, peut-être la collection R a-t-elle mis au point une machination diabolique, visant à nous faire craquer sur TOUS les ouvrages qu’elle publie ? En tout cas, pour l’instant, ça marche. Et pas qu’un peu.

Traductrice : Paola Appelius
 
L’histoire :   Il y a quatre cents ans, le monde tel que nous le connaissons a connu une fin tragique. Désormais, sur la côte de ce que l’on appelait jadis le Brésil, ce sont les femmes qui dirigent la légendaire ville-pyramide de Palmares Três. La Reine ne cède le pouvoir à un homme qu’une fois tous les cinq ans, à un Prince d’été dont l’histoire enfiévrera la cité le temps d’une année.
Pour June Costa, la vie n’est qu’art. Ses œuvres géniales – des peintures murales aux hologrammes, en passant par des tatouages lumineux – impressionnent, voire irritent ses professeurs tout autant que ses camarades. Elle rêve de remporter le prestigieux Trophée de la Reine pour jouir d’une célébrité instantanée et de tous les privilèges qui vont avec. Un rêve qu’elle n’avait jamais remis en question… jusqu’à ce qu’elle rencontre Enki.
Fraîchement élu Prince d’été, Enki est le garçon dont tout le monde parle à Palmares Três. Mais lorsque June le regarde, elle voit plus loin que ses fascinants yeux d’ambre et sa samba ravageuse : elle reconnaît en lui un artiste total, comme elle. Ensemble, June et Enki décident alors de créer un chef-d’œuvre qui restera gravé à jamais dans les annales de Palmares Três, attisant la flamme rebelle qui se lève contre les restrictions anti-technologie qu’impose le gouvernement matriarcal. Mais June va bientôt tomber profondément et tragiquement amoureuse d’Enki…
Or, à l’instar de tous les Princes d’été qui l’ont précédé, Enki va devoir être sacrifié.
Tous les cinq ans, les femmes de la cité-pyramide de Palmares Três élisent un Prince d’été pour régner aux côtés de leur Reine. Mais au bout d’un an, le Prince d’été a aussi l’honneur d’être sacrifié… Car les hommes ne sont pas dignes de gouverner.
 

Mon avis : On aurait pu penser que la parution du Prince d’Été passerait inaperçue, entre celle de L’élite et celle de La 5è vague, toutes deux très attendues. Et c’est tout le contraire qui s’est pourtant produit, puisqu’il n’a pas tardé à « envahir » de nombreux blogs, à tel point qu’il fut, je pense, très difficile de passer à côté. Les premières chroniques ont été publiées, l’engouement s’est propagé. En même temps, quand on lit celle de Gala de livres, on comprend aisément pourquoi…
Je n’ai donc pas hésité une seule seconde quand l’opportunité de le lire m’a été offerte. Bon, si je suis tout à fait honnête, j’ai eu un sourire jusqu’aux oreilles, je me suis mise à taper des pieds et j’ai failli claquer la bise à mon collègue de bureau (c’est dire !). Une enfant qui apprend qu’elle va enfin avoir son poney, quoi. 
Si je l’ai commencé dimanche dernier, je ne m’y suis véritablement mise que mardi. Et oui, que voulez-vous, je pensais qu’une brocante pluvieuse serait l’occasion idéale d’avancer dans mes lectures, mais je me suis lourdement trompée : regarder le chaland avec des yeux de chien battu pour le faire venir jusqu’à mon stand était bien plus divertissant. Ou pas.
Quoi qu’il en soit, j’ai eu tout d’abord un peu mal à m’immerger dans l’univers du Prince d’été. Il faut dire que, en comparaison de ce que l’on fait habituellement en matière de dystopie/Young Adult, il dépasse allègrement le niveau : si vous cherchez à vous détendre avec un livre bateau et simple au possible, passez votre chemin. Je l’ai donc remisé dans son sac plastique et gardé pour plus tard, quand la pluie battante ne risquerait pas d’inonder ses pages. 
Le résumé est assez éclairant, mais je vais tout de même tenter de vous expliquer la trame générale de ce petit bijou : l’univers est assez complexe, et j’avoue que je n’ai pas rechigné à obtenir quelques infos complémentaires pour bien comprendre ce à quoi j’avais affaire…
Le monde tel qu’on le connait n’existe plus : les villes survivantes vivent désormais en autarcie, chacune étant un petit état à elle seule. Palmares Três se dresse sur les côtes de l’ancien Brésil, et est exclusivement dirigée par des femmes : une Reine aidée de Tantes, qui peuvent en quelque sorte être assimilées à des ministres. La population est scindée en deux : les wakas – moins de trente ans, réputés pour leur fougue et leur absence de sens politique – et les grandes – plus de trente ans et vivant jusqu’à deux cents cinquante ans, représentant l’ordre et la morale. Autant dire que ce n’est pas l’amour fou entre les deux groupes, qui se méprisent allègrement. Tous les cinq ans, un Roi d’été est élu par le peuple. Lors des années lunaires, il aura la charge de désigner la prochaine Reine. Une chose ne diffère cependant jamais : un an après son élection, le Roi est sacrifié. Une tradition pouvant paraitre barbare et pourtant fédératrice, malgré l’attachement que le peuple aura noué envers son Roi durant cette année.   
June est une waka, doublée d’une artiste. Depuis sa plus tendre enfance, elle n’a de cesse d’espérer remporter le fameux Trophée de la Reine, un prix visant a récompenser le meilleur artiste de la ville. Et quand Enki, un jeune waka issu du verde -la partie basse de Palmares Três, autrement dit la plus pauvre-, est élu pour être Roi d’été, elle voit en lui le moyen d’y parvenir : c’est avec lui qu’elle créera l’œuvre qui la rendra célèbre à travers toute la ville. Un obstacle va cependant se dresser devant elle : en se rapprochant ainsi du Roi d’été, elle va en tomber irrémédiablement amoureuse… Entre l’Art et l’Amour, il n’y a qu’un pas, et pourtant June devra choisir…
Bon. Je ne sais pas si ce petit pâté vous aura aidés à y voir plus clair, mais sachez ceci : Le Prince d’Eté ne se résume absolument pas à ça. Il est si complexe, si creusé… Que c’en est presque affolant. Ce n’est pas un livre à prendre à la légère, il nécessite de la concentration. J’ai été perdue de nombreuses fois, je l’admets, et pourtant cela ne m’a pas empêchée d’être complètement emportée par cette folle aventure. 
Je tiens tout d’abord à vous dire que ce one-shot (incroyable mais vrai !) passe outre bien des codes en matière de dystopie/Young Adult : prenons par exemple le triangle amoureux. Car oui, il y a bel et bien un triangle amoureux, qui apparait dès les premières pages. Habituellement, deux garçons se pâment devant une petite nana un peu paumée, qui ne cesse d’osciller entre les deux. Or, dans ce cas précis, le sommet du triangle n’est autre qu’Enki, les deux autres protagonistes étant June… Et Gil, son meilleur ami.
Il faut savoir qu’Alaya Dawn Johson a créé, avec Le Prince d’Été, un univers dans lequel la sexualité n’a rien de tabou. La bisexualité est chose commune parmi les personnages, et absolument personne ne remet cela en question. Les relations intimes sont mentionnées sans pudeur inutile, tout est dit avec un naturel rafraichissant. Et cela fait du bien ! J’ai marqué un temps d’arrêt au début, parce que j’ai été étonnée que la pudibonderie habituelle en matière de Young Adult ait été complètement occultée ici. Et c’est en partie ce qui rend ce livre si magnétique : il ne correspond à rien de ce que l’on peut lire en ce moment, pourtant classé dans un genre vu et revu, sucé jusqu’à la moelle. 
Le triangle amoureux est lui-même faussé, de par la nature même de Enki et des relations qu’il entretient avec Gil et June. Ils forment un trio complètement hors normes, et je me suis attachée à chacun d’eux. June est la narratrice du roman, et c’est d’elle que l’on se rapproche le plus rapidement : pour elle, l’Art est tout. C’est une artiste accomplie et souvent incomprise, prête à tout pour faire reconnaitre sa griffe à sa juste valeur. Elle est impulsive et profondément… vivante. Je ne vois pas d’autre terme pour la décrire, tant la vie qui l’anime m’a marquée. On sent que sa sensibilité est en permanence à fleur de peau, qu’elle est prête à exploser à chaque instant. Sa relation avec Enki va lui permettre de grandir et de reconsidérer ses positions sur chaque aspect de sa vie, tout en se démenant pour rester elle-même. Je m’y suis profondément attachée. 
Gil est sans doute le moins « présent » des trois, quoique toujours là, en filigranes. On apprend à le connaitre à travers les pensées de June, toujours très tendre à son égard, et ce malgré la position douloureuse dans laquelle il la place. Quant à Enki… Je l’ai trouvé particulièrement intrigant, et très attirant, de fait. Même après avoir eu le fin mot de l’histoire, je doute de l’avoir complètement cerné. Tout ce que je sais, c’est que je n’ai pu m’empêcher de ressentir, moi aussi, une angoisse sourde et persistante à l’approche de la fin de son règne…
L’univers créé par Alaya Dawn Johnson est tout simplement génial : on se plait à écouter de la samba durant notre lecture, complètement plongé dans l’atmosphère fiévreuse et enchanteresse de Palmares Três. Art et technologies de pointe se mêlent à l’extrême dans cette société matriarcale, et j’ai pris plaisir à découvrir cet univers résolument futuriste. J’ai rarement croisé un livre dystopique mettant à ce point l’accent sur l’univers dans lequel évoluent les personnages, et je crains d’y prendre goût : c’est un aspect qui fait cruellement défaut à bien des ouvrages que j’ai pu lire, et maintenant que je sais qu’il n’est pas impossible de le creuser, mes attentes évolueront forcément dans ce sens. 
A bien y réfléchir, je trouve cet ouvrage parfaitement et totalement accompli. Certes, j’ai parfois été un peu perdue dans ma lecture. Mais ce n’était que pour mieux m’y replonger ! L’originalité est incontestable, les personnages sont comme je les aime, l’univers séduisant au possible. Mais je vois que je ne vous ai pas encore parlé de la plume d’Alaya… Et du formidable travail de traduction qui a dû être réalisé pour lui faire justice : sa poésie est incontestable. Elle a su retranscrire habilement des concepts nous étant totalement inconnus, faire passer ses émotions avec justesse et précision. Elle dose habilement description et action, s’assurant ainsi de l’intérêt de son lecteur. A la fois très évocateurs et subtils, ses mots m’ont conquise. La lecture est totalement fluide, aucun chapitre ne venant l’interrompre. Seules quatre démarcations sont présentes, chacune correspondant à une saison.
Je ne sais que vous dire de plus pour vous vanter les mérites de cet ouvrage. Il sort complètement des sentiers battus, et m’a totalement séduite. Pour tout vous dire, je le prête dès à présent à ma soeur, qui n’est pourtant pas friande du genre : je suis certaine que le charme d’Enki combiné à la fraicheur de June et au magnétisme de Palmares Três sauront la faire fondre…En bref, l’un des meilleurs ouvrages de la Collection R que j’ai pu lire, et certainement l’un des plus original en matière de dystopie. Je vous mets au défi de ne pas ressentir une furieuse envie d’entrer dans la danse !

Coup de coeur !
 
* Je tiens à remercier Stéphane-Laure et la collection R pour m’avoir permis de découvrir ce titre *
Pour marque-pages : Permaliens.

29 Commentaires

  1. Encore un livre de la collection R qui me tente énormément .

  2. Ce livre me donne trop trop envie et ta chronique n’améliore pas les choses ! Et en plus c’est un one shot ?? Une raison de plus pour se lancer sans hésiter ^^

  3. Brrrrrrr (je fais une attaque cérébrale en pensant à ma PAL) il faut que je le lise vite…

  4. ça donne super envie !!! je note je note 🙂 merci beaucoup ^^

  5. Ils sont tous… Super tentants 😀

  6. Haha, je t'avoue que c'est entièrement fait exprès 😀

  7. Courage, courage *petit tapotage de main*, ta PAL s'en remettra 😀

  8. Comment résister à tant d'enthousiasme ? Je le note !

  9. Merveilleux bouquin que celui ci aussi <3

  10. Whoua alors moi qui avait lu une critique plus que moyenne, désormais j'ai très envie de le lire ! Depuis mon cours de dystopie, j'ai très envie de trouver un titre s'y correspondant tout à fait, comme Hunger Games. Celui ci me semble en très bonne voie !

  11. Coup de coeur et one-shot, ça va forcément atterrir dans ma PAL, nul doute :DGros bisous darling <3

  12. Bon vu ton avis je le rajoute dans ma WL, merci.

  13. Eh bien en voila une critique motivante ! POur tout à fait honnête j'ai lu cette critique par simple curiosité car le style YA/dystopie et triangle amoureux, j'ai l'impression que c'est du vu et du revu qui ne m'attire plus du tout.MAIS (car il y a un mais), tu m'a franchement donné envie d'étudier la possibilité de mettre ce livre dans ma Wishlist. J'ai comme l'impression que ce livre est plus complexe et plus mature que bien d'autres du genre et ça pourrait bien me plaire. Surtout que c'est un one-shot (marre des sagas sans fin ^^)L’univers a en plus l'air d'être original… sérieusement pourquoi pas !Super critique en tout cas !

  14. Un livre top que j'ai dévoré !!!! J'adoooore ! <3

  15. Je pense qu'il pourrait te plaire, en effet 😀 Gros bisous ma belle !

  16. Tu m'en vois ravie, ma très chère choupette <3 <3

  17. Je comprends tout à fait ce que tu veux dire ! Mais il est TOUT A FAIT différent de ce que l'on lit d'habitude, je t'assure 🙂 J'espère que tu te laisseras tenter, et qu'il te plaira 😀

  18. Oh là là, ta chronique ! <3 C'est rare de trouver des livres en un seul tome ces jours-ci et le fait que tu décrives qu'il a beaucoup de potentiel me tente beaucoup ! 😀 Grâce à toi, ma WL a gagné un nouveau membre, héhé.

  19. Hihi <3 Oui, c'est vrai que c'est vraiment très rare un one shot en dystopie/young adult 😀 Et puis, celui ci est excellent <3

  20. Ah je suis contente de voir qu’il t’a plu car j’ai lu pas mal d’avis mitigés à cause de l’immersion difficile dans le monde.

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