Le poids du papillon, Erri de Luca

** Je tiens à remercier Livraddict et les éditions Folio pour m’avoir permis de découvrir ce titre **
Résumé : Quelque part dans les Alpes italiennes, un chamois domine sa harde depuis des années. D’une taille et d’une puissance exceptionnelles, l’animal pressent pourtant que sa dernière saison en tant que roi est arrivée, sa suprématie est désormais menacée par les plus jeunes. En face de lui, un braconnier revenu vivre en haute montagne, ses espoirs en la Révolution déçus, sait lui aussi que le temps joue contre lui. À soixante ans passés, sa dernière ambition de chasseur sera d’abattre le seul animal qui lui ait toujours échappé malgré son extrême agilité d’alpiniste, ce chamois à l’allure majestueuse. Et puis, face à ces deux forces, il y a la délicatesse tragique d’une paire d’ailes, cette « plume ajoutée au poids des ans ». 

Mon avis : C’est un très beau moment de lecture que m’ont offert Livraddict et Folio, en me permettant de découvrir Le poids du papillon. Je ne connaissais pas du tout Erri de Luca, et je ne vais certainement pas passer à côté de ses autres ouvrages, tant la poésie de sa plume m’a touchée.
Au sein des Alpes italiennes, deux forces de la nature se font face : un chamois majestueux, tel qu’il n’en a jamais existé et tel qu’il n’en existera plus et un vieil homme, braconnier indomptable et alpiniste hors pair. L’un règne sur les siens tout en préservant une solitude acquise dès l’enfance, l’autre fuit les rapports humains, préférant la beauté sauvage de la montagne. Et tous deux sentent le poids des ans s’accumuler sur les épaules, leur promettant un dernier face à face, un dernier moment pour régler leurs comptes : se venger de l’homme qui l’a privé de sa mère, tuer la bête qui lui a toujours échappé.
Le poids du papillon n’est pas une simple nouvelle. C’est une ode à la nature, cette nature à la beauté sauvage et indomptable. Les mots de Erri de Luca se font prose, laissant le lecteur soufflé par ce petit concentré de poésie. J’ai trouvé l’écriture de Erri de Luca magnifiquement maitrisée, il n’y a pas une seule fausse note. Je l’ai lu d’une traite, perchée sur un nuage et totalement absorbée par la scène se déroulant sous mes yeux. 
J’ai trouvé le chamois et l’homme étrangement complémentaires, sinon similaires. Le vieux braconnier est bel et bien le chamois fait homme. On s’attendrait presque à le voir relever la tête, aux aguets, les oreilles frémissantes, attentif à la moindre odeur, au moindre son. Ce qui explique peut-être son étrange incongruité lorsqu’il se trouve parmi ses semblables. Il le dit d’ailleurs lui-même : là n’est pas sa place. Quant au chamois, il semblerait presque humain. Peut-être est-ce parce que le narrateur nous fait part de quelques unes de ses réflexions. Peut-être est-ce parce que l’on sent que lui non plus n’est pas comme ses semblables, mais possède quelque chose en plus, quelque chose de différent. 
Le face à face entre ces deux êtres est terrible : Erri de Luca nous fait bien sentir la vacuité de la vie, la fin sera bel et bien identique pour tous. Et je dois vous dire que, cette fin justement, m’a surprise. Je m’y attendais, parce qu’elle semblait inéluctable mais… Peut-être compté-je trop sur ma sensibilité, sur mon habitude des fins heureuses. Mais elle n’en sonne pas moins juste, n’en est pas moins belle, portée par le poids infime… D’un papillon. 

Un moment de poésie hors du temps porté par une plume exemplaire, qui nous laisse pantelant, le cœur chaviré.    

 
On en redemande !

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