Zouck, Pierre Bottero

Vous le savez peut-être, mais je voue un culte à Pierre Bottero, l’un de mes auteurs chouchous. Ses sagas m’ont tout simplement transportée, ce qui est peu dire en comparaison de la réalité. Je trouve sa plume tout simplement magnifique, et sa capacité à endosser la personnalité de ses personnages me bluffe à chaque fois. Mais je ne connaissais de son œuvre que l’aspect fantasy. Et quand j’ai découvert que P. Bottero avait également écrit de courts romans pour la jeunesse, je me suis jetée dessus. Zouck inaugure ma découverte.


L’histoire : Anouck, surnommée Zouck, est une lycéenne ordinaire qui consacre énormément de temps à sa passion de toujours : la danse. Classique ou moderne-jazz, peu importe : Zouck est heureuse dès lors qu’elle se trouve à la barre, dès lors que ses pieds décollent du sol pour aller faire quelques entrechats. Une passion qu’elle partage avec sa meilleure amie, Maïwenn. Alors que Zouck traverse la vie en se rêvant hirondelle, une conversation va brusquement la jeter à terre, une conversation qu’elle n’aurait jamais dû entendre, entre sa professeure de danse et un danseur classique renommé : « Pour une lycéenne, elle est parfaite, mais pour une danseuse, elle a cinq bons kilos de trop. Elle n’arrivera a rien. » Une spirale infernale attire dès lors Zouck, qui s’enfonce de plus en plus dans la solitude. S’enfonçant à un point tel qu’elle en perd de vue Maïwenn qui, elle aussi, arpente un chemin obscur… Mais d’un tout autre genre. 

Mon avis : imaginez-moi sur mon canapé, les yeux mi-clos, le cœur battant, et le Chéri à côté qui pense que je fais une crise de tétanie. Je suis soufflée. Je l’ai commencé dans le train, continué le temps d’arriver à la maison, l’ai posé deux secondes le temps de jeter par terre mes affaires et de m’affaler sur le canapé, et n’ai plus bougé de là avant de l’avoir fini. Bottero est un véritable maitre. Je me suis faite la réflexion, au beau milieu de ma lecture, que c’était absolument impossible que ce soit lui qui ait écrit cette petite merveille : comment a-t-il pu si justement cerner la personnalité d’une jeune fille de 17 ans, embarquée dans un engrenage qu’il n’a certainement jamais vécu lui-même ? Et pourtant, force est de constater qu’il l’a bel et bien fait. Incroyable, mais vrai.
Anouck m’a beaucoup touchée. C’est une jeune fille extrêmement attachante, et je me suis vraiment retrouvée en elle. Sa passion pour la danse a quelque chose de sacré à mes yeux : je trouve beau qu’on puisse se donner corps et âme à quelque chose comme ceci, c’est quelque chose que je n’ai jamais vécu et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir cherché. On sent à travers ses paroles sa lente descente aux enfers : un ton enjoué au départ, un esprit vivant et rieur comme on peut l’avoir à 17 ans, puis les doutes, la pression, la plume qui se fait hésitante et cette angoisse terrible qui pourrit tout autour d’elle : « Combien vais-je peser demain ?« .
Si l’histoire de Maïwenn est toute autre, la meilleure amie de Zouck ne m’en a pas moins touchée également : si ce qu’elle vit est prévisible, si tous nos sens se mettent en alerte quand on comprend ce qui se trame… On n’en est pas moins bouleversé quand tout éclate au grand jour. J’ai perçu le déchirement dans le cœur de Zouck quand les deux amies se sont éloignées, quand elles se sont retrouvées chacune seule avec leurs problèmes, alors que la solution… Elles l’auraient trouvé à deux.
J’évite habituellement de lire des romans portant sur les problèmes d’anorexie, ce sujet me touchant particulièrement. Mais là… Quand Zouck entend ce danseur parler à sa professeur, et lui dire qu’elle n’y arrivera pas en raison de son poids… Je suis revenue dix ans en arrière, quand mon prof de gymnastique m’a dit que j’étais bien trop grosse pour faire une sortie pied-main aux barres asymétriques. Quel tact ! Je peux donc sans peine imaginer quel choc cela doit faire quand une telle réflexion nous est faite à propos de notre passion. Et c’est un véritable déchirement quand on voit la concentration de Zouck faiblir, quand on la voit perdre sa béatitude habituelle lorsqu’elle danse. Quand la figure éthérée qu’elle était devient de plus en plus lourde, de plus en plus compacte, à mesure qu’elle perd du poids.
Zouck ne traite pas des conséquences de l’anorexie, les effleure tout juste. Mais l’essentiel n’est pas là, et le message passe d’autant mieux. L’anorexie est quelque chose de tellement insidieux… Et quand elle vous attrape, elle ne vous lâche pas. On sent tout ça, et bien plus encore, à travers l’histoire d’Anouck
Je vous l’ai dit, la plume de P. Bottero est tout simplement sublime. Cet auteur arrive à me souffler avec chacun de ses romans, et je l’en remercie. Avec lui a disparu l’un des auteur français les plus prometteurs, et je le regrette. Mais je me console en pensant à tous les ouvrages signés de son nom qui m’attendent encore, me promettant des heures d’émotion et de passion.
En bref, un court récit se lisant d’une traite, poignant à outrance et extrêmement bien écrit. P. Bottero jongle avec les genres et les maitrise avec brio, sa plume s’envolant à chaque phrase, et nous emportant avec elle. 
5/5 : Coup de coeur !
     

   

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