Uglies, Pretties & Specials, Scott Westerfeld

* Lu en LC avec Karine *
 
Le 27 août dernier, je tombais sur le gros lot en matière de livres : plus de 30 ouvrages avaient ainsi rejoint ma PAL. Parmi eux, Pretties et Specials. Je lorgnais sur Uglies depuis un petit bout de temps déjà, pour finalement le dégoter en bibliothèque. L’occasion de le lire s’est présentée la semaine dernière avec le salon de la revue. Si je n’ignorais pas que les occasions de l’ouvrir ne manqueraient pas (et oui, que voulez-vous, le milieu de la revue est relativement… calme.), je ne me doutais cependant pas de l’engouement qu’il provoquerait chez moi… Jusqu’à me pousser à embrayer directement sur les deux tomes suivants  
 
 
L’histoire : Le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui n’existe plus. Une bactérie s’attaquant au pétrole a détruit notre civilisation, voilà bien des siècles. Les humains sont désormais divisés en castes : les Uglies, adolescents de 12 à 16 ans. Les Pretties, âgés de plus de 16 ans. Les Specials enfin, chargés de veiller sur tout ce petit monde. Les villes sont indépendantes les unes des autres, et la notion de guerre n’existe plus. Cette nouvelle civilisation est en paix avec elle-même, en symbiose avec son environnement. 
Hormis l’âge, une autre caractéristique différencie les Uglies des Pretties : les uns sont turbulents, bagarreurs et surtout soumis aux aléas de la physionomie humaine. Les autres sont rêveurs, insouciants et particulièrement beaux. La cause de cela ? L’Opération, subie par tout Ugly dès son seizième anniversaire. Les deux castes ne se mélangent pas, l’une regardant l’autre avec admiration et envie, et l’autre regardant l’une avec dédain et dégoût. New Pretty Town possède ainsi des allures d’eldorado pour tous ces jeunes adolescents se plaisant à déceler le moindre défaut physique, chez eux mais aussi chez les autres.
Nous y rencontrons Tally, une jeune Ugly fêtant son seizième anniversaire dans peu de temps. Elle ne vit, ne respire ni ne mange que pour subir l’Opération et devenir enfin Pretty. Il faut dire que depuis que son meilleur ami a adopté la « belle mentalité », elle se sent particulièrement seule. Chaque passage devant un miroir est pour elle un supplice, déterminée à traquer le moindre défaut : des yeux trop écartés, un visage asymétrique, des cheveux ébouriffés…
Quand elle rencontre Shay, elle pense immédiatement à s’en faire une amie. Qui plus est, les deux jeunes filles fêteront leur anniversaire le même jour ! L’Opération ne les séparera donc pas. Mais Shay n’affiche pas le même enthousiasme que Tally à se faire modeler le corps selon les canons de beauté en vigueur. Si elles s’entendent à merveille, un fossé les sépare encore. Plus leur amitié grandit, plus Shay tient un discours étonnant : selon elle, il existerait une alternative à l’Opération, une alternative à la vie bien rangée et surtout bien contrôlée des Pretties. Une alternative qui a pour nom La Fumée, une mystérieuse ville rassemblant les fuyards de tout horizon. Mais pour Tally, qui a passé sa vie a espérer devenir Pretty, l’avenir que lui présente Shay n’a rien de réjouissant. Quand son amie lui impose de choisir entre l’accompagner à La Fumée – et rester moche à vie – ou patienter pour son opération, notre jeune héroïne n’hésite pas longtemps : elle deviendra Pretty, quitte à regretter son choix une fois devenue belle. Mais tout ne se passe pas comme prévu : peu de temps avant son opération, Tally est conduite devant le docteur Cabel, une Special aussi belle que terrifiante. Celle-ci lui fait alors une proposition, proposition qui déterminera tout l’avenir de la jeune fille : aider les Specials a dénicher La Fumée et trahir par là son amie, ou ne jamais accéder à l’Opération et rester Ugly à vie… Entre un destin de traître et celui d’une paria, Tally aura-t-elle vraiment le choix ?
 
Mon avis : Je ne voyais pas comment éviter de vous spoiler les deux et troisième tomes tout en leur consacrant un article chacun. Du coup, ce ne sera qu’un article pour la trilogie toute entière. Parce qu’il ne faut ABSOLUMENT PAS que je vous spoile la suite. Car, ces bouquins… C’est juste une tuerie ! Gros méga coup de coeur pour Uglies ! Non vraiment, je trouve qu’il y a tout : une trame originale, des personnages bien creusés, de l’action comme il faut, des sentiments, aussi.  
J’ai tout d’abord été particulièrement séduite par l’univers créé par Scott Westerfeld. Un monde futuriste où nous sommes perçus comme arriérés, stupides et agressifs. Un monde où l’on nous surnomme les Rouillés, et où nos frasques – environnementales, cosmétiques…. – sont désormais des exemples du « à ne pas faire ». Un monde où couper un arbre ou tuer un lapin équivaut à un crime contre l’humanité, un monde où ne manger qu’une carotte par jour revient à se déclarer déficient mental. L’auteur se montre très critique envers le comportement humain du XXIème siècle, et… on ne peut que l’approuver. Il est vrai qu’il est dur de ne pas se sentir coupable quand on nous met l’évidence sous le nez.
Nous voici donc au milieu d’une civilisation toute jeune, pacifiste et écologiste jusqu’au bout des ongles. On n’y pense qu’à s’amuser, se refaire le nez et faire partie de la bande la plus cool de Pretties qui soit. Les enfants/adolescents sont complètement conditionnés à devenir de parfaits petits Pretties, qui est une finalité en soi. Pour un peu, on souhaiterait la même chose que Tally : devenir Pretty. C’est qu’ils ont l’air tellement… Sereins ! Rassurez-vous, cela change au fil des tomes.
Parlons un peu de Tally. J’ai adoré son personnage, même si elle m’a parfois laissée perplexe. Elle est très creusée, très ambivalente aussi : elle balance sans cesse entre son désir de liberté et son désir de conformité. Elle tend à s’arracher des carcans qui l’entravent, mais que faire contre des principes vous ayant été inculqués dès le plus jeune âge ? Indécise, voilà comment pourrait-on la « résumer ». Et c’est peut être cette indécision qui la rend si particulière. J’ai suivi avec attention son évolution, ses prises de décisions, les conséquences de ses actes. J’en ai parfois eu le coeur serré, les larmes aux yeux (les connaisseurs comprendront avec un seul mot : Zane) ou le sourire aux lèvres. Mais je l’ai finalement plus souvent prise en pitié qu’autre chose. C’est en effet cela qui la rend si attachante, selon moi : après tout, elle ne souhaitait qu’une chose : devenir belle. Mais les aléas de la vie font que… Et quand elle prend conscience que tous les discours qu’on lui a servi depuis son plus jeune âge ne sont que de la poudre aux yeux, elle s’efforce de garder le cap, de distinguer le bien du mal… Quitte à remettre en question ses propres convictions. Vraiment, je l’ai beaucoup aimé. Et j’ai trouvé particulièrement injuste le comportement de certains envers elle…
Shay est, quant à elle, assez semblable à Tally. Elle est prête à tout pour réaliser ce dont elle rêve. Et c’est ici que le bât blesse : Shay rêve de rejoindre la Fumée, et de s’affranchir de cette société totalement déshumanisée. Elle va tout faire pour convaincre Tally de se joindre à elle, tout faire pour la convaincre qu’elle est belle ainsi. Mais un mois de vérité ne pèse pas bien lourd dans la balance contre une vie de mensonges et de propagande. Je l’ai beaucoup aimé également. Au début du premier tome, c’est vers elle qu’allait ma préférence. Mais ce qu’en fait Scott Westerfeld par la suite fait… froid dans le dos. Je dirais même que l’auteur se montre carrément cruel envers ses personnages, et envers Shay en particulier. Je ne peux pas vous dire grand chose sans risquer de vous spoiler un détail important, aussi me contenterais-je de cela : il aurait été préférable que Shay et Tally ne se rencontrent jamais.
Il s’agit en effet de l’élément déclencheur, et l’on en revient toujours là : la confrontation entre les deux amies, qui veulent prendre des directions différentes mais finissent embarquées ensemble sur le même bateau.
Si Tally et Shay sont les deux personnages les plus développés dans cette trilogie, beaucoup d’autres ont leur importance. David, tout d’abord, ou l’enfant sauvage. C’est par lui que Shay a eu vent de la Fumée, et pour lui qu’elle y va. C’est un élément clé de la relation entre les deux jeunes filles, et son rôle n’est pas négligeable. Mais il m’a laissée singulièrement froide. Je ne me suis pas plus attachée à lui que ça. Je l’ai même trouvé un peu… fade.
Le docteur Cabel, ensuite. Quelle purge, celle-là ! Que j’aurais aimé lui mettre mon poing dans la figure une bonne fois pour toutes ! On sent vraiment qu’elle n’hésitera pas à tout faire pour arriver à ses fins. Et elle nous le prouve, de nombreuses fois. Bon, d’accord, S. Westerfeld nous offre une revanche. Mais quelle piètre consolation en comparaison de ce qu’elle fait subir à mes chouchous !
J’ai beaucoup aimé l’évolution manifeste des personnages au fil des tomes. Ils ne restent pas figés dans leur enveloppe d’origine, mais ne cessent de nous surprendre. Scott Westerfeld les rend par là extrêmement vivants, et j’ai beaucoup apprécié cela.

La trame de ces trois tomes est très serrée, le lecteur n’a pas le temps d’en perdre une miette : je les ai, pour ma part, dévorés en l’espace de deux jours. Non pas que l’auteur enchaîne les rebondissements, mais il joue si bien sur l’addiction que cela marche du tonnerre, avec moi en tout cas. Je n’ai pas arrêté de me demander jusqu’où tout cela allait mener Tally. J’en ai même rêvé. Quand je vous dis que j’étais accro 🙂 La fin de chaque tome n’était pas non plus faite pour arrangé cela. Et comme ils étaient tous en ma possession… Je n’ai pas eu à hésiter bien longtemps 🙂
Le plume de l’auteur est assez simple, sans fioritures, et nos yeux glissent sans problème de phrase en phrase. Ce style particulièrement épuré facilite une lecture rapide, ce qui ajoute à l’atmosphère assez tendue du roman : plus on lit, plus on a besoin de lire, vite, vite, vite, et l’écriture nous permet cela. Pas de frustration comme avec le Déchronologue, par exemple, pour lequel j’avais pris l’habitude de buter régulièrement sur des mots ou des tournures de phrases particulièrement alambiquées.
Enfin, j’ai trouvé que ces trois romans contenaient, chacun à leur façon, des enseignements – ou morales – particulièrement intéressants. Ce n’est pas que du YA, l’auteur formule une véritable critique de la société derrière cette trilogie, et nous pousse à nous interroger sur nos propres façons de pensée et de vivre. On se détend, mais…
 

En bref, (car les plus courtes critiques sont, parait-il, les meilleures) une excellente dystopie traitant de la manipulation des foules sous des traits particulièrement originaux, une trame efficace et fluide, des personnages complexes et bien construits : la recette d’une trilogie à succès !!

5/5 : Coup de coeur !
Pour marque-pages : Permaliens.

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